samedi 12 octobre 2013

Innovation inversée, vous avez dit "reverse innovation"?

Ce jeudi 10 octobre 2013, j’ai participé à la 2ème édition d’une fort intéressante manifestation, l’IT Invest&Innovation Forum. L’initiative et le mérite sont à porter au crédit d’un sénégalais du nom de Mohamadou Diallo, Directeur de publication du l’excellent journal, CIO Mag (www.cio-mag.com ). Fait marquant : la Côte d’Ivoire était fortement représentée par le gotha du monde des TIC (ministre, Président et DG de l’agence de régulation, Président du Fonds du Service Universel) et par le Président de l’Association Professionnelle des Banques alors que le Sénégal institutionnel brillait par son absence. Simple constat. Des questions importantes y ont fait l’objet d’échanges fructueux et de haute facture : i) promotion des projets et solutions numériques innovants en Afrique ii) révolution numérique, politiques publiques et nouveaux instruments de soutien iii) rôle du capital investissement comme catalyseur de l’innovation iv) innovation : les enjeux du mobile banking/payment en Afrique v) villes intelligentes (smart cities), quels sont les atouts pour l’Afrique ?

L’évocation du concept d’innovation inversée (« reverse innovation » inventée et théorisée, semble-t-il, à l’Université de Princeton ?) par le modérateur du premier panel – Directeur associé d’un grand cabinet international connu - m’a fait bondir et m’a donné l’occasion de faire un recadrage théorique et historique sur la notion d’innovation. L’occasion était d’autant plus belle que j’avais porté la contradiction par écrit au même consultant en commentant une de ses interviews dans le journal l’Express du 7 octobre 2013. Il y avait doctement parlé en long et en large de l’innovation inversée avec force exemples tirés de réalisations prestigieuses faites en Afrique ; j’avais hâte de lui porter la contradiction.
L’innovation inversée est un concept condescendant qui désigne en quelque sorte toutes les réalisations innovantes nées dans les pays africains, sud-asiatiques et sud-américains, puis reprises, imitées par les pays développées d’Europe et d’Amérique du Nord. Quoi de plus normal pour une innovation que d’être imitée ; c’est le propre même d’une innovation, c’est le signe de sa réussite.

En clair, selon les tenants de ce concept absurde, l’innovation semble être l’apanage et la propriété d’une certaine partie de l’humanité (les humains du centre) ; les innovations réalisées par les autres (les humains de la périphérie) sont affublées du qualificatif quelque peu dévalorisant d’inversé. La réalité est que l’innovation est consubstantielle de l’évolution de l’humanité : de Toumaï à Steve Jobs, l’être humain a innové pour survivre, pour réussir, pour gagner.
De la maîtrise du feu à celle de l’atome, des sociétés humaines essentiellement régies par la loi animale du plus fort à celles policées par la morale et les valeurs religieuses, de l’usage de la pénicilline à la thérapie génique, des chaises à porteur de l’Egypte antique à l’Airbus A380, des tablettes sumériennes au Kindle – liseuse - d’Amazon, des cauris de l’empire du Mali au mobile money, … des êtres humains ont tout simplement eu l’audace de penser différemment, de sortir des autoroutes de la conformité et ont ensuite eu la volonté d’agir concrètement pour réaliser des choses qui améliorent la vie de leur communauté.
Au demeurant, force est de constater que la majeure partie des pays d’Afrique reste encore à la traine en matière d’innovation probablement à cause de certaines circonstances historiques, mais surtout à cause de l’égoïsme des élites politiques, intellectuelles et instruites et aussi d’une certaine passivité des peuples. Et pourtant, la seule façon de faire taire ces porteurs de théories et concepts ethnocentriques et condescendants, tous ceux-là qui nous aiment bien en nous regardant de haut est de jouer notre partition dans le concert des nations et de répondre honorablement présent au rendez-vous du donner et du recevoir. Pour cela, le chemin est celui de l’audace, de la créativité et de l’innovation.

« Seuls ceux qui prennent le risque d’échouer spectaculairement réussiront brillamment »

Merci et bonne journée.

3 commentaires:

Moussa Traoré a dit…

Excellente plume ! Merci Samba !

Nafissatou Fall a dit…

L'innovation, facteur de développement, est ce que nous africains négligeons très souvent.
Merci pour cette belle contribution et oeuvrons pour une meilleure qualité de vie ...
Belle plume j'avoue. -; )

Amadou Toure a dit…

réaction à retardement mais l'enjeu en vaut la chandelle...j'apprends avec une certaine stupeur la notion d'innovation inversée dont le meilleur contre-exemple que je vois aujourd’hui est l'internet à travers lequel on voit que le pouvoir d'innovation est universellement partagée.

l'article est tellement bien écrit!!!
bonne continuation