dimanche 31 mars 2013

Innovation et réussite

Innovation et réussite.

Depuis quelques mois que j'ai commencé à réfléchir sur ce sujet, j'ai acquis la conviction que les réussites humaines, dans quelque domaine que ce soit, résultent d'innovations.
Plusieurs exemples dans des domaines très divers me viennent spontanément à l'esprit:
- l'ordinateur individuel (PC ou Apple), les smartphones, les tablettes, l'Internet et les services connexes tels que Google ou Facebook,
- le téléphone mobile et son incroyable succès en Afrique: les terminaux mobiles bon marché et le prépayé comme facteurs essentiels de succès,
- m-Pesa, le mobile money de Safaricom au Kenya ou la solution de transfert d'argent w@ri au Sénégal,
- l'automobile, l'avion
- la Chine moderne, 2ème puissance mondiale, usine du monde: l'économie socialiste de marché de Deng Xiaoping,
- le lait, le sucre, le café en mini-dose: la vendeuse de "thiaf" (arachides grillées) comme modèle
- l'aspirateur sans sac de Dyson,
- la montre Swatch qui a sauvé l'industrie horlogère suisse d'une mort certaine face à l'arrivée massive de montres électroniques bon marché venues du Japon,
- Nespresso qui a révolutionné l'art du café,
- l'appel du 18 juin 1940 du Général De Gaulle qui a été une contribution décisive au sauvetage de la France,
- les marches bleues d'Abdoulaye Wade en 2000,
- les 2 années de pré-campagne de Macky Sall dans le Sénégal des profondeurs,
- le fosbury flop comme technique de saut en hauteur,
- les chroniques de Mamane sur RFI.
Les exemples sont nombreux et je pourrai encore en citer des dizaines. Mais vous devez vous demander ce que ces différents exemples ont en commun et en quoi ce sont des innovations.
Posons alors la question: qu'est-ce qu'une innovation?
Dans le domaine du marketing, donc des produits et services en entreprises, la chose est relativement plus simple à expliquer et à comprendre.
Certaines définissent un peu rapidement une innovation comme une invention qui a rencontré son marché, c'est-à-dire qui répond à des besoin ou des attentes clients. C'est vite dit et un peu restrictif, car une innovation ne découle pas toujours d'une invention. Selon moi, une innovation dans le domaine des produits et services répond essentiellement à trois, voire quatre critères qui:
1) le caractère inédit sur le marché concerné, qu'il soit local, national, sous-continental, continental ou mondial. Il ne s'agit pas de dire qu'un produit ou service innovant est forcément nouveau sur son marché; il est en effet possible d'innover en partant d'un produit ou service existant (donc sans invention grand-chose), en jouant juste sur une des caractéristiques du produit ou service: i) les caractéristiques (conditionnement par exemple), ii), le prix ou la façon de faire payer (cas du prépaiement dans le mobile en Afrique), iii) la façon de vendre ou d'organiser la distribution, iv) la promotion/communication ou la façon de faire savoir;
2) la satisfaction d'un besoin manifeste ou latent d'une frange significative de consommateurs;
3) la création de valeur (revenus, profits, voire image) pour l'entreprise;
4) Conséquence des 3 autres critères: le fait d'être copié, imité. 
Vous devez vous dire qui ces critères sont peut-être pertinents pour les produits et services, ils ne le sont pas forcément dans d'autres domaines. Vous avez certainement raison.
Mais, vous serez peut-être d'accord si j'emprunte la définition que donne de l'innovation Carmine Gallo dans " Les secrets de l'innovation de Steve Jobs":
"L'innovation est une façon nouvelle de faire des choses qui entraîne un changement positif. Elle rend l'existence meilleure".
M'appuyant sur cette définition que je trouve excellente, je dirai à ma façon: innover, c'est penser différemment et agir concrètement pour réaliser des choses qui améliorent la vie d'une clientèle ou d'une communauté".
Très clairement, dans ma conception, trois choses sont essentielles dans toute innovation: i) le penser différemment, c'est-à dire la volonté de sortir des sentiers battus, des autoroutes de la conformité ii) la capacité d'exécution ou la volonté de réaliser et réussir quelque chose de concret iii) la recherche d'un but positif, voire élevé dans certains cas.
Je pourrai appliquer ces définitions à chacun des cas que j'ai évoqués en introduction.
Je voudrais partager avec vous cette réflexion naissante afin de l'élargir et de la développer.
Je reviendrai régulièrement soumettre à votre appréciation le fruit de mes réflexions et aussi engager avec vous l'échange d'idées sur des thèmes connexes.
Merci et à bientôt 


7 commentaires:

Assane Pathé Diop a dit…

Excellente réflexion L'Ancien. Il est vrai que votre définition de l'innovation s'étend à de très nombreux exemples et cas. En effet l'innovation c'est: i) le penser différemment, ii) la capacité d'exécution iii) la recherche d'un but positif, voire élevé et j'ajouterai un iiii) la réussite. Pourquoi la réussite est-elle essentielle dans l'innovation? Bcp de personnes confondent innovation et invention. Inventer c'est avoir l'idée d'un modèle nouveau de produit, service, technologie etc. Cependant toute invention n'est pas nécessairement réalisable et réussie, ce qui la rend encore abstraite. Par contre toute innovation repose d'abord sur une invention et part au delà. C'est à dire qu'en innovant on met en exécution l'invention, on la peaufine, on la rend viable et concrète, le tout basé dans la recherche d'un but positif profitable aussi bien aux clients, aux fournisseurs qu'à l'entreprise. C'est ce qui fait que derrière toute innovation il y'a la réussite. On invente d'abord, on innove après... Dans l'attente de votre feedback. Cdt

Samba Sène a dit…

Bonsoir Assane Pathé,

Je suis tout à fait d'accord avec toi: i) invention n'est pas innovation: c'est une question à laquelle j'ai réfléchis et je souscris à ton argumentation ii) innovation et réussite: ce que je cherche à établir ou à démontrer, c'est que l'innovation est un des facteurs essentiels, sinon le principal facteur principal de la réussite humaine. En marketing, les critères que j'ai retenus pour définir un produit ou service innovant intègrent la réussite: j'en parle plus haut dans mon doc: produit ou service adopté par les clients et créant de la valeur pour l'entreprise.

Un point nécessite discussion dans ton propos "toute innovation repose d'abord sur une invention": je ne crois pas que toute innovation repose sur une invention. Il peut s'agir d'apporter une petite amélioration à une invention existante, de l'utiliser différemment. Deux exemples simples: i) IBM n'a vraiment inventé l'ordinateur mais en fait une véritable innovation qui impacte encore aujourd'hui nos façons de vivre et de travailler ii) l'Internet a été inventé bien avant qu'il ne devienne ce qu'il est aujourd'hui. S'il était un réseau pour les universitaires ou les militaires, il n'aurait pas changé nos vies.

La réflexion continue.

Merci pour ton intérêt et ta contribution.

À bientôt

Marc Grujon a dit…

Je reprendrai seulement trois de tes critères :
2) la satisfaction d'un besoin manifeste ou latent d'une frange significative de consommateurs;
3) la création de valeur (revenus, profits, voire image) pour l'entreprise;
4) Conséquence des 3 autres critères: le fait d'être copié, imité.

La plus jolie phrase entendue le matin de ce jour funeste du 6 octobre 2011, date de la mort de Steve Jobs :

« iPod, iPod nano, iPhone, iPad, autant d'appareils dont on ne savait pas qu'on en avait besoin avant de ne plus pouvoir s'en passer » Fabienne Sintès – France Info.

Hormis le fait que Steve Jobs m'a sauvé la vie en septembre 1984 avec son fabuleux Apple IIe, je crois qu'il restera pour longtemps le génie absolu de l'Innovation.

Quant à Mamane, celui-là me bluffe chaque matin. Quel talent !

À toi Samba, en souvenir de 1988 et de SENPAC, je n'aurai qu'un seul mot : « Keep the good job ! ».

Mbaye Drame a dit…

Bathie,
Je t’ai déjà envoyé mon commentaire. Mais j’ai l’impression qu’il a emprunté le mauvais tuyau. Aussi, je te le reposte. Moi, je m’intéresse au contexte social, politique et culturel qui favorise l’innovation.
L’idée que l’innovation implique :
• Le penser différemment, donc la liberté individuelle
• La concrétisation de la pensée en acte, donc la liberté d’agir
• La recherche d’un but positif, je comprends ce qui fait avancer le groupe ou la communauté…
Peut-elle opérer dans des sociétés traditionnelles comme les nôtres.
Autrement dit, l’innovation n’a-t-elle pas besoin pour éclore d’un environnement où la rationalité prime sur l’irrationalité ?
Par définition, dans la société traditionnelle, les croyances, les mythes, le surnaturel, le sacré sont les marqueurs qui dictent l’action de tout individu. Quand on y ajoute les différentes formes de domination (familiale, religieuse, etc…), nous sommes là sur des terreaux peu fertiles pour l’innovation. Celle-ci peut même dans certains cas, apparaitre comme facteur de déséquilibre.
Oui, « l’innovation implique penser différemment, agir concrètement… ».
Encore faut-il que la rationalisation imprègne toutes les sphères de la société : l’entreprise, les administrations, la vie politique et syndicale ; et que l’individu se libère de toute forme de domination traditionnelle.

Mbaye M. Dramé

Samba Sène a dit…

Bonjour Mbaye
Cet angle d'attaque me paraît intéressant à explorer. Je pense effectivement que l'innovation est antinomique avec le conservatisme. Comme tu le dis, l'esprit d'innovation nécessite une certaine capacité à sortir des sentiers battus et à explorer des pistes nouvelles. Cela nécessite du courage pour aller parfois à contre-courant du prêt-â-penser qu'imposent la tradition et certaines croyances. Cela est effectivement inconcevable dans un mode de pensée où l'on trouve presque toutes les réponses dans l'irrationnel.
Mais fort heureusement, il me semble que ce genre de système n'est plus aussi répandu qu'on ne le pense. À voir.

Samba Sène a dit…

Commentaire de Babou Diop: je partage en grande partie l'essentiel de ton article à propos de l'innovation et pour aller à l'essentiel je dirais ceci :
De mon point de vue, l'innovation se distingue de l'invention en ce que l'innovation se rapporte plus à l'idée d'amélioration, de modification ou de renouvellement. Elle est plus liée à des changements positifs dans le fonctionnement, l'efficacité, la productivité, la qualité,etc.. Tu l'as bien expliqué d'ailleurs.
Mais il ne suffit pas de faire une différence sur la qualité des produits ou des prestations fournies. Même s'il faut innover avec la préoccupation de soutenir une croissance élevée et de rester en avance sur la concurrence, il est aussi important d'innover dans les domaines où la concurrence ne joue pas. Alors, deux mots me paraissent clefs:
- Anticipation (anticiper les dysfonctionnements et améliorer nos relations avec les clients par ex.)
- Simplification (implémenter facilement dans le domaine SI par ex.)

L'invention elle, se rapporte plus directement à la création d'un produit nouveau, d'une idée nouvelle, d'une méthode nouvelle...

Je poserais juste dans ton article un élément qui a aussi son importance à savoir la mesure de l'innovation. comment mesurer l'innovation?
On innove en général, du point de vue de l'entreprise en tout cas, pour faire améliorer les produits, les procédés, les processus, réaliser une croissance de revenus, maintenir et /ou améliorer les marges bénéficiaires... Mais quel instrument de mesure des incidences, des impacts? Je soumets cette question à ta sagacité.

Samba Sène a dit…

Merci Babou,
La mesure de l'innovation en entreprise dépend de l'objet sur lequel porte l'innovation:
1) s'il s'agit de produits et services, la mesure reste relativement simple et classique: revenus, profits générés; et peut-être impact en termes d'image
2) s'il s'agit de processus, la mesure portera sur les indicateurs qui servent à mesurer la performance du processus concerné.
En somme, la mesure des impacts d'une innovation dépendra de l'objet sur lequel porte cette innovation.