dimanche 7 avril 2013

L'Afrique et l'innovation


L’Afrique et l’innovation

C’est presque un truisme de dire que l’Afrique est globalement en retard en matière d’innovation.

L’Afrique reste encore non seulement consommatrice de technologies et de produits manufacturés, mais aussi de produits et services culturels importés et surtout de modèles importés dans tous les domaines.

Modèles de développement importés, parfois imposés ! Nous avons tous vécu sinon entendu parler des programmes d’ajustement structurels appliqués dans les années 80 dans la plupart des pays d’Afrique sous la houlette du FMI et la BM. Je ne suis ni économiste, ni spécialiste en politique de développement, mais je crois savoir que ces programmes, qui ont entraîné des réductions drastiques dans les budgets destinés aux actions sociales, à la santé et l’éducation, n’ont pas été de grands succès ; même les institutions qui les avaient initiés le reconnaissent aujourd’hui. Mais la question qui me taraude l’esprit et je partage avec vous est la suivante : comment a-t-on pu imaginer qu’un peuple mal nourri, mal soigné et mal éduqué puisse se développer, voire aller le moindre progrès ?

Aujourd’hui, la mode est aux Stratégies de Réduction de la Pauvreté initiées par les mêmes institutions ; la plupart des pays africains à faible revenu ont élaboré ou sont en train d’élaborer leur DRSP (Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté), condition pour accéder aux financements nécessaires à la réalisation des OMD (Objectifs du Millénaire). Tout cela est positif et montre que l’on a tiré des enseignements des dégâts causés par les programmes d’ajustement structurel ; mais je vais vous surprendre en vous disant que j’ai quasiment un haut le cœur à chaque fois j’entends nos spécialistes des politiques de développement gloser sur le DRSP. J’ai eu l’occasion de visiter plusieurs pays africains ces six dernières années et ai fait le constat suivant en tant que simple observateur : les discours sur le DRSP se ressemblent beaucoup et me semblent être une leçon bien apprise que l’on répète partout. Je n’ai pas la prétention de connaître le contenu et la substance des DRSP des pays j’ai visités, où j’ai vécu, mais j’ai l’impression d’être dans le modèle classique des deux institutions que j’ai citées plus haut : le « one size fits all », la pensée « prêt-à-porter » ou le prêt-à-penser. J’espère me tromper.

En réalité, ce qui me choque le plus dans les DSRP, c’est le manque d’ambition, de perspective et d’audace qu’inspire cette appellation. Dans mon esprit, lorsque l’on parle de stratégie, les buts et les aspirations doivent être élevés : la sortie de la pauvreté n’est pas une stratégie qu’on porte comme un étendard, ce doit être simplement une composante d’une stratégie de développement global. Nous –nos dirigeants surtout- devons  apprendre à nous méfier, voire nous passer des spécialistes qui détiennent la vérité mais qui se sont toujours trompés. Trompés de diagnostic, et forcément de remède !

Modèles institutionnels également importés et probablement mal adaptés ! Même si l’on s’accorde avec Winston Churchill pour dire que "La démocratie est la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres que l’on a essayées de temps à autre.", il me paraît difficilement concevable qu’un pays puisse avoir durablement des institutions démocratiques dont il est incapable de financer le fonctionnement. Tendre la main tous les 5, 6 ou 7 ans à la communauté internationale pour financer ses élections présidentielles ou législatives n’est pas viable. Quel beau thème d’innovation pour nos politologues, nos spécialistes en droit constitutionnels et autres théoriciens de la politique !

Revenons à l’innovation. Dans le classement 2012 de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (WIPO Global Innovation Index ; http://www.globalinnovationindex.org/gii/index.html ) qui compte 141 pays, seul un pays d’Afrique figure dans les 50 premiers (Ile Maurice), 8 autres dans les 50 suivants (Afrique du Sud 54, Tunisie 59, Namibie 73, Botswana 85, Maroc 88, Ghana 92, Kenya 96, Sénégal 97) ; quinze pays sur les vingt derniers sont africains. Cela confirme que l’Afrique est globalement en retard en matière d’innovation, alors que sa situation de continent le plus pauvre, le moins développé du monde nécessite qu’elle se projette à la pointe dans ce domaine. Comment peut-on rattraper les autres et les dépasser si on n’est pas capable d’aller plus vite en matière d’innovation ? Lorsqu’on étudie de plus près ce classement, on se rend compte que l’Afrique reste encore globalement – certains pays arrivent à se distinguer positivement- à la traîne sur des critères comme l’environnement politique, la qualité de la régulation et surtout le savoir et la technologie, la capacité créative et les infrastructures (communications, transports, énergie).

Il ne s’agit de dire que l’Afrique est en panne d’innovations et d’innovateurs. Non, l’Afrique regorge d’innovations et d’innovateurs dans beaucoup de domaines ; les exemples sont nombreux et je reviendrai là-dessus dans une prochaine publication.

Mais la réalité est que les innovations réalisées en Afrique sont généralement à faible impact systémique : il s’agit souvent d’innovations incrémentales de survie (la débrouillardise ingénieuse), d’initiatives souvent inorganisées, parfois d’innovations de rupture liées à la volonté et l’ingéniosité d’individus, entrepreneurs au sens schumpetérien. Très clairement en Afrique, nos états ne donnent pas l’impression d’être très conscients du rôle de l’innovation et de la nécessité d’en faire un acte majeur de nos politiques de développement. C’est cela qu’il faut changer pour espérer atteindre la masse critique d’innovations et d’innovateurs indispensables au véritable développement de l’Afrique.

Merci et à bientôt

 

 

 

2 commentaires:

Assane Pathé Diop a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Assane Pathé Diop a dit…

Excellent post et superbe transition l'Ancien ! En réalité l'Afrique se cherche toujours, elle tâtonne, trébuche, se relève mais ne parvient toujours pas à se faire elle même.

Des P.AS en passant par les o.m.d , voilà plus de 50 ans que nous n'arrivons pas à trouver une stratégie de développement adaptée à nos valeurs, systèmes, culture etc. C'est vrai qu'il ya eu l'esclavage et la colonisation et c'est vrai qu'ils ont impactés sur notre développement psychique et économique. Seulement des pays ont connus des situations pareilles, ont vécu des guerres atomiques, des tragédies etc mais ont réussi à forger eux mêmes leur destin et ont su se hisser au devant de la scène international. Je parle notamment du Japon, de la chine de l'Afrique du sud aussi (Brics).

Chacun de ces pays a certes eu des stratégies respectives en matière de développement. Des stratégies qui selon moi ont toutes quelque chose en commun. Et cette chose c'est une Vision.

Une vision globale de leur pays dans 10, 20, 50 ans ! Une vision de leur économie, bref Une vision du développement propre à chaque pays.

L'Afrique a toutes les compétences et expertises pour son développement. Elle a une grande capacité d'innovation et d'adaptation... seulement les systèmes (conçus ailleurs et ingérés de force) que nous utilisons ne sont pas les nôtres. Ils ne sont pas africain !!! Et c'est la raison pour laquelle nous avons du mal à les digérer.

Donc l'Ancien, Osons inventer et innover le développement africain ! Par des brainstorming quotidiens, des réflexions de haute facture comme celle ci !! Interpellons l'intelligentsia africaine où quelle soit, à concevoir les véritables sentiers de notre développement.

Cordialement

African optimist